Lundi 19/12/2005, 22h45

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يَوْمِيَّات حَبِيبَة (Cher journal),

J
e t'écris pour me confier parce qu'aujourd'hui je ne peux plus garder toute cette souffrance en moi. C'est impossible. Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter cela ? Pourquoi ma famille souffre et se disperse ? Pourquoi suis-je né ici en Irak, dans ce pays de malheur ? Je veux juste une maison avec une fenêtre pour regarder les oiseaux chanter et les enfants jouer dehors. Mais je ne vois que des tanks américains et des maisons détruites, des femmes et des enfants en larmes, des soldats qui crient avec leurs armes pointées sur nous. J'ai peur. Aujourd'hui, le jour de mes dix sept ans, ma mère et ma soeur ont disparu depuis déjà un mois. Je garde espoir mais il y a eu tellement de morts, tellement de disparus tellement de peur et de malheur. Je hais cette guerre et les Américains qui la font, je déteste les politiciens, confortablement assis dans leurs fauteuils une tasse de café à la main, tandis que nous les Irakiens, nous mourons de faim et perdons nos proches.
Je ne peux même plus poursuivre mes études. Mon lycée a brû hier. Au passage d'un tank américain, des terroristes chiites ont lancé des explosifs sur mon école et se sont enfuis avant l'arrivée tardive des pompiers. Le lycée était un peu comme ma deuxième maison, un lieu je me sentais bien et en sécurité. C'est comme si tout ce que j'avais fait jusqu'ici n'avait servi à rien. Je ne suis qu'un adolescent de 17 ans, emprisonné dans mon propre pays à cause de cette guerre. Un jeune de plus à souffrir, à avoir peur dans ce calvaire.
O
n me vole mon adolescence. Je me sens si impuissant que parfois je n'ai plus envie de rien, juste de me coucher sur mon lit, de fermer les yeux et que lorsque je les rouvre, tout soit comme avant. Que je puisse à nouveau aller au lycée et jouer au football dehors avec mes amis. Je ne veux plus jamais entendre le bruit des bombes, des sirènes, des alarmes qui hurlent à travers toute la ville. Mais jeve...
J
e voulais partir à la recherche de ma mère et de ma soeur mais mon père me l'a interdit. Il m'a dit : "Je ne veux pas que tu te fasses tuer, continue de prier pour notre famille, elles reviendront un jour, ne t'inquiète pas." Mais je vois bien dans ses yeux que lui aussi est très inquiet. Il passe son temps à prier et d'énormes cernes se sont dessinées sur son visage.
Je
suis en train de vous raconter ma vie et je me rends compte que je ne me suis même pas présenté... D'ailleurs peut-être que tout cela ne sert à rien, peut-être que ce soir je serai mort, tué par un éclat d'obus comme tant de nos frères Irakiens... Mais je ne peux pas m'empêcher d'espérer que peut-être un jour tout redeviendra comme avant.
Je vie
ns d'écrire une page et je m'aperçois que je ne me suis même pas présenté... Voilà, je m'appelle Ismail. Je suis né le 19 décembre 1988. J'ai une soeur jumelle, Inès, à présent portée disparue avec ma mère Amira. Mon frère Adil a 19 ans et il est parti faire la guerre aux Américains il y a maintenant 290 jours. Mon petit frère, Amine, 12 ans, est très courageux. Son école primaire n'est ouverte que certains jours, et plusieurs bombes ont déjà été découvertes dans le gymnase. Amine ne se plaint jamais et fait toujours ses devoirs. Souvent, il aidait maman à faire les courses mais maintenant... Mon plus petit frère, Azziz, a maintenant 4 ans. Il adore qu'on le câline mais à présent, Amira et Inès ne sont plus là pour le rassurer lorsqu'il fait des cauchemars la nuit...


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# Posté le samedi 25 février 2006 10:09

Modifié le lundi 09 juillet 2007 10:26

Vendredi 23/12/2006, 07h30

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يَوْمِيَّات حَبِيبَة (Cher journal),

Hier s
oir, en allant chercher de l'eau et du pain avec mon père, j'ai rencontré une jeune infirmière, Malika. J'ai eu le temps de l'observer en faisant la queue. Elle a de grands yeux noirs et de longs cheveux bouclés, la peau mate et elle essaye toujours de sourire. Une vraie petite princesse dans un monde de brutes. Elle est venue de très loin pour aider les familles irakiennes qui souffrent et je l'admire beaucoup. Je me rends compte combien il est devenu dangereux de se déplacer à l'intérieur du pays. Je ne sais pas d'où elle vient, mais peu importe, Allah la protège. Je le sens au fond de moi. Allah nous protège tous. Mais alors pourquoi tant d'Irakiens innocents meurent-ils chaque jour ? J'ai peur qu'avec toutes les guerres qu'il y a dans le monde, Il ait trop de travail...

J
e suis de retour après une pause pendant laquelle j'ai aidé mon père à aller chercher de l'eau. Ce liquide incolore, si abondant autrefois, était devenu un véritable trésor au centre de toutes nos préoccupations. C'est simplement maintenant que nous prenions conscience de sa valeur irremplaçable. Nous avons traversé le marché pour comparer les prix avec l'épicerie et en profiter pour acheter quelques bricoles. A cause de la guerre tout est devenu hors de prix. Une simple bouteille de lait coûte 9552 dinars (6,5 $). D'autre part, les tickets de rationnement qu'on nous distribue sont loin de subvenir à tous nos besoins. Et encore, on peut s'estimer heureux lorsque les aliments indiqués dessus sont disponibles.
No
us attendions depuis des heures lorsque enfin, ce fut à notre tour. Je me dépêchais de remplir les 4 bidons à ras bord d'eau fraîche. Soudain j'entendis des cris de stupeur, une femme voilée venait de s'évanouir à force d'attendre sous le soleil brûlant. L'homme qui l'accompagnait, amortit sa chute, le visage crispé. Elle tomba mollement dans ses bras. Je crois que Malika a cessé de sourire l'espace d'un instant. J'avais une boule dans l'estomac. J'ai vite détourné la tête en remplissant le dernier bidon. Il était déjà une heure de l'après-midi lorsque nous sommes rentrés mais j'étais déjà fatigué. Cette guerre nous épuise tous, nous sommes à bout de forces. Combien de temps va t-on encore pouvoir tenir ainsi ?


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# Posté le samedi 25 février 2006 10:16

Modifié le lundi 09 juillet 2007 10:26

Lundi 26/12/2005, 07h30

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يَوْمِيَّات حَبِيبَة (Cher journal),

Ce matin en allant faire des courses j'ai vu une affiche placardée sur un mur : « TOUS LES ENFANTS AGES DE 13 A 18 ANS POURRONT SE RENDRE A "L'ECOLE DE L'ESPOIR" EN FACE DE LA MAIRIE DE MOSUL. » Cela pourrait vous partre bizarre mais j'étais vraiment heureux de pouvoir retourner en classe. Cela allait me sortir de mes idées noires et puis j'ai tout de suite pensé que j'allais apprendre un tas de nouvelles choses !
C
ependant je ne pouvais m'empêcher de me remémorer le triste sort de mon ancien lycée. A présent, il ne reste qu'un tas de cendres et de morceaux deton carbonisés. Et heureusement que les femmes qui faisaient le ménage ntaient pas dedans ce jour là. Je suis triste en pensant à elles... Que sont-elles devenues ? Elles ont perdu leur travail, mais elles aussi avaient une famille à nourrir. Où est-elle maintenant ?

J
e me souviens que nous discutions souvent avec Yamina, l'une d'entre elles, à la création. Je l'aimais bien. Tous les jeudis elle me rapportait des photos de divers pays. Elle les volait dans des magazines de voyages de l'épicerie de Farid, qui faisait l'angle de la rue du lycée. C'était dangereux, il ne fallait pas qu'elle se fasse prendre, sinon son père l'aurait frappée. Mes copains disaient tous qu'elle faisait cela parce qu'elle était amoureuse de moi. Je leur disais en rougissant que c'était faux, mais maintenant je crois qu'ils avaient raison.
Yamina connaissait ma passion pour la photo. Depuis que je suis tout petit, j'envisage de devenir photographe et de parcourir le monde entier, mon appareil photo à la main. En attendant, le petit Kodak que mes parents m'ont offert pour mes quinze ans ne me quitte jamais quand je sors de chez moi. C'est ainsi que j'ai réussi à prendre des photos qui me permettent d'illustrer quelques pages de mon journal. Pour le reste, je me débrouille avec les journaux locaux, sans Yamina maintenant hélas !

Aujo
urd'hui la boutique de Farid n'existe plus et je n'ai jamais revu Yamina depuis les bombardements du lye, mais j'ai toujours les photos dans la poche inrieure de ma veste, serrées contre mon coeur. Quand les alarmes retentissent dans tout Mosul, nous obligeant à nous réfugier dans la cave, je les contemple avec envie, l'envie de voyager dans des pays en paix. Cette guerre nous aura tout pris : nos amis, nos familles, notre adolescence, nos rires et notre insouciance, peut-être même nos vies.


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# Posté le samedi 25 février 2006 10:23

Modifié le lundi 09 juillet 2007 10:26

Mercredi 28/12/2005, 17h58

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يَوْمِيَّات حَبِيبَة (Cher journal),

C
a y est ! Aujourd'hui je suis al à "lcole de l'espoir". On nous a tous alignés dehors, dans une sorte de petite cour boueuse, puis un homme habillé simplement s'est présen. Il s'appelle Abdul Hakim et il est le directeur de notre nouvelle école. Ensuite, on nous a répartis en deux groupes, par tranche d'âge. A gauche ceux qui avaient entre 13 et 15 ans, et à droite ceux qui avaient de 16 à 18 ans.

Je me suis retrou avec quelques anciens amis de mon quartier qui étaient dans le même lycée que moi avant. Mr Hakim nous a prévenu que nous n'aurions pas le droit de jouer au football ni de crier dans le petit terrain sur lequel nous étions, qui nous servirait de cour de récation. Nous risquerions de déranger les voisins ou pire, d'ameuter les soldats aricains.

Les cours avaient lieu sous une immense tente blanche, divisée en deux parties pour chacune des classes. Nous n'avions pas de tables ni de chaises car rien n'avait pu être curé dans les ruines des autres lyes. Nous nous assîmes à même le sol, sur lequel des planches avaient été dispoes tant bien que mal et une femme d'âge moyen entra. Elle se présenta rapidement et nous annoa qu'elle était notre nouveau professeur jusqu nouvel ordre. Nous avons commen la journée par une lon d'anglais. Nous étions tous contents car c'est devenu une matre très importante ici, pour ne pas dire vitale.

Je me souviens de l'histoire de cet homme et son enfant qui se sont fait mitrailler par les soldats américains parce qu'ils n'avaient pas compris ce que signifiait le mot "stop".
C'est triste mais la vie est devenue comme cela ici. Maintenant on peut mourir bêtement si on n'a pas eu la chance dtudier l'anglais, ou tout simplement parce qu'on se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment...


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# Posté le samedi 25 février 2006 10:32

Modifié le lundi 09 juillet 2007 13:55

Jeudi 29/12/2005, 18h06

Jeudi 29/12/2005, 18h06



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يَوْمِيَّات حَبِيبَة (Cher journal),


Je
ne sais pas si c'est grâce au lycée, mais depuis quelques jours j'ai l'impression de revivre. Bien sûr, la guerre est toujours présente dans nos esprits, et lorsque j'essaie de m'évader quelques instants en m'imaginant en train de jouer au foot sur la plage au Brésil, le sifflement strident des bombes qui s'abattent sur ma ville me ramène brutalement à la réalité. Le bruit incessant des missiles américains qui, petit à petit, détruisent notre pays et exterminent tout espoir de paix et de tranquillité, met tout le monde sur les nerfs. Le simple claquement d'une porte et nous sursautons, tous effras ; Azziz se met à pleurer.

Ce que nous craignons par-dessus tout, c'est que les soldats américains entrent chez nous. Cela est arrià nos voisins Mercredi dernier. Les Américains ont d'abord frappé, puis comme personne n'a ouvert, ils ontfoncé la porte. Nous nous sommes tous collés contre le mur pour essayer de comprendre ce qu'il se passait, et nous les avons entendus entrer en criant « go, go, go ». Il y a eu des hurlements, des pleurs d'enfants, des coups, et puis une rafale de mitrailleuse et soudain plus rien.

Un silence pesant s'est installé. Je retenais ma respiration pour ne pas faire de bruit. J'étais effrayé à l'idée que ces barbares qui venaient d'assassiner nos voisins puissent rentrer chez nous. Nous avons attendu un long moment, sans bouger, sans parler, jusqu'à ce que l'on entende le bruit de leurs pas descendre lentement les escaliers. Je poussai un soupir de soulagement mais mon c½ur tambourinait dans ma poitrine comme s'il allait exploser. J'ai eu tellement peur. Mon père le visage tendu, tremblait. Il nous a immédiatement envoyés nous coucher, nous n'avons même pas mangé. De tout façon nous n'avions pas ts faim après ce qui venait de se passer. J'avais à nouveau une boule dans l'estomac et je n'ai pas dormi de la nuit.


Le lendemain, j'ai tout raconté à mes amis au lycée. Ils avaient l'air effrayé eux aussi, et Akim m'a racon tristement que la semaine dernière, trois soldats Américains étaient aussi rents chez lui en pointant leurs armes sur eux, alors qu'ils étaient à table. Ils avaient demandé à son père de se lever, l'avaient frappé devant toute la famille puis ils l'avaient emmené et plus personne n'avait jamais entendu parler de lui depuis.
J'étais terrorisé. Et si les soldats me prenaient aussi mon père ? Je suis le plus grand de la famille depuis qu'Adil est parti, et cela serait à moi de prendre sa place. Je ne m'en sens pas du tout capable
...

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# Posté le samedi 25 février 2006 10:44

Modifié le lundi 09 juillet 2007 10:26